Ceci sera le dernier billet. Les billets des rédacteurs de recommandations de la BDF s'expriment désormais directement sur notre site web, dans une rubrique intitulée LATULU LATUVU LATUOUÏ. Depuis le mois de juin on y trouve une recommandation par jour. Tout le personnel de la bibliothèque participe. Voilà, ça marche bien sur le site officiel, il y a beaucoup de contributions, ça plaît dans notre réseau : ça fait plaisir ! Ca fonctionnait très paresseusement avec ce blog : sauf exception 1 unique contributrice très branchée musique classique, musique médiévale, quasiment aucune audience... As they say in french movies : "Voilà !".
Cette petite expérience, était née de la rencontre avec Nicolas Blondeau de l'espace "Arts" de la médiathèque de Dôle (blog mediamus), Sophie Cornière, rouennaise et célèbre bloggeuse (Desperate librarian housewife ==> même que je réussis à le prononcer !), et Josep Luis Villanueva, responsable des acquisitions en musique à Barcelone (blog AMPLI, devenu une référence du genre : des articles de fond, impressionnant. Ils nous ont même fait l'honneur de nous consacrer un article : "discothécaires du fin-fond des Gaules" ==> pour traduire du catalan en français, utiliser TRANSLENDIUM), lors d'une journée d'étude sur les ressources musicales en ligne, à Dôle, en décembre 2007. Merci à vous de nous avoir donné l'occasion de commencer à expérimenter.
Moins modernes mais plus lus. Nous ferons tout notre possible pour que la rubrique LATULU (...) soit disponible très bientôt sous forme de flux RSS...
Présentement en vacances en la capitale, je salue tous les hypothétiques lecteurs de ce billet et invite à fréquenter de temps en temps notre LATULU, dont je ne rédige plus que 1 billet sur 20 (un peu au hasard mais pas loin du compte), et je préfère ça !
19 janvier 1971, Massey Hall de Toronto, Canada...
Qu’est ce que l’on peut faire avec une guitare folk Martin D41, un piano… et que l’on s’appelle Neil Young ?
Réponse : des merveilles !
Un petit aperçu s’offre à vos oreilles dans ce coffret CD DVD. Passons rapidement sur le DVD qui n’a que peu d’intérêt hormis la possibilité de lire les paroles des chansons… C’est déjà ça.
Mais sur le CD… attention chef-d’œuvre !
Après une ouverture en fanfare par « On the way home », suivi d’une magnifique version de « Tell me Why ? », Neil propose un « Old man » plein de délicatesse et de retenue. Quelques titres au piano, avec un « A Man needs a maid » mixé (eh oui, déjà en 71 on pouvait mixer !) avec « Heart of Gold » assez réussi.
Mais quelle voix, souple et pleine d’énergie, détachée et vibrante, c’est de la lumière sonore… A cela Neil Young ajoute une maîtrise, dans l’instant, de l’orchestration et des nuances. Il vous fait entendre un orchestre symphonique dans la réverbération de sa guitare ou de son piano. Il suffit de se laisser glisser… pour lâcher prise.
Tout y passe : accordage en do modal pour « Don’t let it bring you down », avec une plus grande mise en valeur de la voix haut perché du bonhomme. Et en réponse à une demande de son auditoire « Down by the river » totalement habité - rappelons au passage que dans la chanson un type se lamente après avoir trucidé sa copine en descendant à la rivière, Brrrrrrr...
Pour la bonne bouche, « Cowgirl in the sand » avec de subtiles variations rythmiques (binaires, ternaires) et en rappel « I’am a child » absolument décontracté, à la toute fin d’un concert assurément magique…
Chouette association que celle qui permit la réalisation de ce clip : Michael Gondry clippe Dick Annegarn ! Notez l'inquiétant manchot au fond du snack !
Réussirons-nous à sortir ce blog de son grand sommeil de... pratiquement deux mois ! Nous n'avons même pas l'excuse d'une écrasante chaleur estivale, vu l'été pourri que nous traversons encore une fois, nous autres pauvres finistériens !
Ainsi, en attendant de nouveaux billets, il peut être sympathique de visiterla page de recommandations sur le site internet de la B.D.F., qui livre quasi-quotidiennement des mini-articles rédigés par nos lec-teurs/audi-teurs/specta-teurs et -trices, depuis la fin du mois de juin.
Voici quelques titres CD écoutés récemments et fortement appréciés :
Un p'tit Joseph Arthur : "Let's just be". Intense !!! De plus en plus fort, ce garçon !
Thelonious Monk quartet with John Coltrane at Carnegie Hall : une merveille ! (oserais-je dire un des plus beaux disques au monde ???). Ce bijou est un enregistrement d'un concert donné par les deux génies le 29 novembre 1957. Les bandes de ce concert ont été "découvertes" à la Bibliothèque du Congrès en février 2005, par Larry Appelbaum, à la tête du département de numérisation des collections sonores (Library's recording laboratory) ! Pour en savoir plus : http://www.loc.gov/rr/record.
Mise en musique d’un texte d’environ 800 vers, cette œuvre conjugue deux éléments de traditions musicales populaires : la pastourelle et la bergerie. L’argument : au sortir d’un tournoi, un chevalier tente de séduire la bergère Marion, qui attend son amoureux dans un pré. Econduit à deux reprises, le chevalier passe sa colère sur Robin, l’amoureux de la belle, puis emmène celle-ci de force. Robin, d’abord couard (il ne se précipite pas au secours de Marion qui l’appelle à l’aide), se vante devant ses amis venus à la rescousse. Après cette pastourelle, tout se termine en une bergerie autour d’un festin paysan avec chants, jeux et farandole.
Pour accompagner l’écoute tout en se cultivant, je recommande la lecture des textes de la brochure : ils sont particulièrement passionnants. A propos de l’œuvre, voici quelques extraits de la présentation de Darwin Smith :
« Le texte de Robin et Marion est connu par trois manuscrits de la première moitié du XIVe siècle, donnant trois versions sensiblement différentes de l’œuvre […] Avant l’écriture, il s’agissait de textes travaillés par un ou plusieurs groupes de ménestrels, tout à la fois chanteurs, danseurs, mimes, acteurs et musiciens […] Chaque joueur pouvait débiter des rôles de longueur variable, découpés au sein d’un ruban textuel versifié, mémorisé par l’ensemble des membres du groupe. » Darwin Smith parle d’une forme de « lutte versifiée, savamment préparée. »« L’existence de ces ’jeux’ marque l’apparition dans l’écrit de ces œuvres dramatiques préexistantes. » D. Smith explique en effet comme ces formes de compositions sont emblématiques de l’essor de l’écrit et de son appropriation par de nouvelles catégories de population : « [l’écriture manuscrite] se généralise par la présence de clercs instruits dans toutes le communautés, mêmes laïques, fussent-elles les plus petites dans le monde rural. On voit ainsi en Artois et en Picardie, à la fin du XIIe siècle, des villages et des communautés de communes louer à l’année les services d’un clerc « escrivain » pour leurs affaires. »
Apparaît alors une nouvelle classe de clercs, laïcs, dont fait partie Adam le Bossu (« On m’appelle Bossu, mais je ne le suis mie »), dit Adam d’Arras, dit Adam de la Halle (lien vers le site musicologie.org). Darwin Smith : « Probablement de la même génération que Robert II (1248-1302) comte d’Artois, son seigneur, dont il fut ’aimé, prisé et honnoré’ […] En tant que maître, Adam était l’un des rarissimes jongleurs ou ménestrels instruits à l’Université. L’attribution et le port de ce titre […] sanctionnaient l’acquisition d’un grade et marquaient l’appartenance juridique à la cléricature comme à la communauté des maîtres et écoliers. A l’inverse, le métier de jongleur relevait de pratiques non savantes qui ne nécessitaient ni culture ni grade universitaires. » Il faut comprendre ici à quel point est exceptionnelle la « convergence de capacités et d’identités » chez ce compositeur.
« Tout en conjuguant les éléments traditionnels de la pastourelle et de la bergerie, Robin et Marion est une œuvre qui fait éclater ses modèles […] ». Les dialogues de Marion « avec Robin comme avec le chevalier ont le souffle des sentiments vrais : quand il faut manger et se distraire des mots discrets disent des besoins simples […] L’ensemble du jeu donne à voir une totalité : l’amour, la confrontation des classes […], la présence familière ou inquiétante du monde animal […], la variété de l’expression (danse, chant, dialogues), les références à la dévotion (jeu de Saint Cosme) et à la royauté (jeu du roi qui ne ment). En ayant dépouillé ses modèles de leurs contenus de convention, l’œuvre est animée par la force d’une histoire universelle, dans les cadres étranges d’une société que nous cherchons encore à comprendre. »
L’ensemble Micrologus (voir leur site) nous a habitués à l’excellence de ses réalisations. Ils conjuguent ici comme dans leurs autres disques une extrême rigueur scientifique « historico-musicologique » (lire à ce propos le texte du livret où est expliquée « leur démarche ») et leur volonté de livrer la forme la plus proche de l’exécution originale de chaque type d’œuvre abordé. C’est ainsi qu’est obtenue cette fascinante « proximité », cette impression de grande spontanéité et de fraîcheur, forcément importante quand il s’agit comme ici d’une forme musicale populaire, dansée, jouée ! Point n’est nécessaire d’être un « initié » pour apprécier cet enregistrement. Il possède tant d’atouts que je ne sais lesquels nommer afin de donner envie de l’écouter : musicalité, joie de chanter et de jouer, mystère, ritournelles fascinantes ! On pourrait réaliser un fort impressionnant nuage de mots afin d’illustrer les multiples qualités de cet INCONTOURNABLE réussite discographique !
Catherine B.
Micrologus au Musica Sacra International Mrktoberdorf, 1996
Chouette, un bac rempli de disques tout sauf classiques vient de nous arriver, disques tout frais catalogués dans le nord de notre beau département.
Dans le tas, aujourd'hui j'ai écouté et aimé :
Hjaltalin (c'est le nom du collectif d'intervention musicale dont je vais vous entretenir...) : "Sleepdrunk seasons". J'apprends sur cette page du site de Novaplanet qu'il s'agit d'un groupe islandais, voilà qui vous "typifie" son groupe, non ? A l'heure où je l'écoute (17h57 au travail) il me convient merveilleusement, ils sont du genre pas énervés et suffisamment bizarroïde pour ne pas décevoir, étant donné leur islanditude. Un garçon à la voix éraillée et très "petite chose fragile" monopolise les vocaux, quelquefois une cristalline voix féminine lui donne la réplique. Des accompagnements variés sont au menu, allant de la simple guitare à ce qui ressemble, pour mon oreille peu subtile, à des instruments-jouets, passant par des trucs non-identifiables par moi, allant jusqu'à une quasi-formation orchestrale (ou sont-ce des robots musiciens ou alors des synthés ??? peu m'importe en réalité). Des phrases rythmiques répétitives fascinantes comme des respirants, du quasi Philip Glass. Oui, définitivement emballée.